Le huguenot français qui débarque à Séoul (Corée du Sud) se demande s’il ne rêve pas. Le pays compte 20% de protestants, dont trois-quart sont réformés ! Arrivé il y a à peine plus d’un siècle, le christianisme a connu une croissance exponentielle. Dans ce pays imprégné de philosophie confucéenne qui garantit un ordre social hiérarchisé et patriarcal, l’Evangile a séduit les esprits avides de changement, de justice, d’égalité. C’est à Séoul que l’on trouve la plus grande paroisse du monde : une Eglise pentecôtiste de 800 000 membres ! Les clochers parsèment la ville, surplombant le temple ou simplement posés sur le toit d’un immeuble, parfois à quelques centaines de mètres les unes des autres.
Ce gigantisme et cette richesse du protestantisme sont à l’image de la capitale coréenne : une agglomération de 20 millions d’habitants, des avenues larges comme des autoroutes, des immeubles luxueux, une population industrieuse (deux semaines de congés par an), de grosses berlines, peu de mendiants. La Corée est montée récemment dans le train du développement économique (les 95% de Séoul ont été construits en cinquante ans), et elle avance aujourd’hui à la vitesse du TGV (qui d’ailleurs relie les deux plus grandes villes du pays).
Alors la Corée du Sud serait-elle un paradis pour ses habitants et pour les protestants ? Pas vraiment. Car la Corée, c’est aussi des zones sinistrées, comme cette région où le taux de chômage atteint 20% depuis la fermeture des mines. C’est aussi la précarité et le non droit pour les 500 000 travailleurs immigrés, mal acceptés par une population mono-culturelle. C’est la mémoire des années de dictature militaire qui ne s’achevèrent que dans les années 90. C’est surtout la blessure toujours béante de la division entre le Nord et le Sud. Depuis 1953, un no man’s land sépare les deux Corée qui sont en état de cesser le feu, mais qui n’ont toujours pas officiellement signé l’armistice ! Des familles entières restent ainsi déchirées.
Une Eglise engagée dans la société coréenne.....
Dans ce contexte, l’Eglise presbytérienne de la république de Corée (PROK) a choisi de relever plusieurs défis : lutter pacifiquement pour la réunification et la réconciliation, défendre la justice et les droits humains dans le monde de l’économie, soutenir l’égalité homme-femme, accueillir les migrants et promouvoir une société multiculturelle et multireligieuse (le bouddhisme représente 25% de la population). Cette Eglise est petite (330 000 membres) comparée à la grande Eglise presbytérienne de Corée (PCK) dont elle est issue (2,5 millions de membres, 5% de la population). Mais elle a fait de l’engagement socio-politique son cheval de bataille.
Car pour la PROK, être en mission, ce n’est pas seulement rechercher la croissance interne de l’Eglise, mais aussi témoigner au cœur de la société pour la transformer. Le souffle prophétique de l’Evangile et la Réforme calvinienne continuent à l’inspirer : le monde est bien le « théâtre de la gloire de Dieu ».
... Et hors de ses frontières
C’est pourquoi la PROK est très attachée au partenariat noué en 2000 avec l’Eglise réformée de France, patrie de Calvin. Ce lien se manifeste très concrètement par l’envoi d’un pasteur pour le service de la communauté coréenne qui se réunit dans les locaux de la paroisse réformée de Paris Batignolles. Ce partenariat ne se limite pas à un simple prêt de locaux : culte franco-coréen, journées d’Eglise en commun, rencontres rythment la vie commune. Pour approfondir cette communion, un groupe de Paris-Batignolles s’est rendu en juillet à Séoul à l’invitation de la PROK, accompagné du Secrétaire général de l’ERF et du chargé des relations internationales.
Après les premières surprises et les inévitables décalages culturels, c’est finalement le sentiment d’une grâce partagée qui prédomine : celle de l’amour que Dieu offre à tout être humain, sur tous les continents. A travers les prières, les cultes, les discussions, nous avons ressenti très fort que nous formions une seule et même famille, celle des enfants de Dieu qui sont envoyés les uns vers les autres pour s’encourager, s’épauler, se nourrir de l’Evangile, Parole universelle de fraternité, de justice, de paix. Expérience forte traduite en ces termes par la présidente du Conseil presbytéral de Paris-Batignolles : « L’arrivée de la communauté coréenne à Batignolles a été pour nous un cadeau de Dieu ».
L’échange devrait se poursuivre par l’arrivée d’un nouveau pasteur coréen à Batignolles et par l’accueil d’une délégation de la PROK en France en 2008.
Didier Crouzet. Relations internationales Eglise Réformée de France.