Église Réformée de France

7ème assemblée générale du réseau environnemental chrétien européen

 

Milan, 25-28 septembre 2008

par le pasteur Stéphane Lavignotte, délégué de l’Eglise réformée de France

Contexte, antécédents, participation

Le réseau environnemental chrétien européen ECEN (European christian environnemental network), rattaché à la KEK et doté d’un secrétariat à Bruxelles, est né du Rassemblement oecuménique de Graz en 1997. Les Eglises suisses de la Fédération des Eglises protestantes suisses (FEPS) ont été très actives dans son animation et représentaient jusque là l’ERF en la personne d’Otto Schaëffer. Dans son rapport sur la précédente rencontre de Flämslätt en Suède en 2006, il soulignait le « problème » qu’aurait représenté l’absence de représentation française si la FEPS ne s’en était chargée. La volonté de l’ERF d’envoyer un délégué cette fois-ci a été très remarquée aussi bien des organisateurs que des autres participants.

Une centaine de personnes ont participé à ce rassemblement. Des délégués de la plupart des pays d’Europe. Si les délégations allemandes (EKD), britanniques (Réformés unis et anglicans), suédoises (luthériens) et italiennes (vaudois) étaient les plus nombreuses, il faut signaler la présence de représentants de la plupart des pays de l’Est et de Russie, avec des délégations importantes de République tchèque et de Roumanie. Ces derniers pays sont représentés au sein de l’équipe d’animation d’ECEN. Des délégués catholiques étaient aussi présents : les représentants des commissions environnement de la Conférence des évêques de Belgique, d’Autriche, de la Conférence des évêques européens, du diocèse de Milan.

Crise climatique : un contexte d’urgence

Le thème de l’urgence climatique était au centre des débats.

-   La crise climatique a commencé. Dans son exposé, le climatologue Jean-Pascal van Ypselen de l’Université de Louvain La Neuve (Belgique), vice-président du GIEC (Groupe des experts pour le climat, « prix nobel » avec Al Gore) a souligné que la crise climatique avait commencé. En raison du retard pris dans les changements de politique, il sera impossible d’empêcher une augmentation d’ 1° de la température du globe. L’augmentation pourrait atteindre 6,4°. L’objectif actuel de l’Union européenne est que l’augmentation de 2° ne soit pas dépassée. Des espèces animales ont commencé à disparaître (risque de 20 à 30% de disparition), les effets commencent à se faire sentir sur les migrations et sur la flore. L’augmentation des eaux prévue est de 18 à 59 centimètres. Un représentant du Conseil oecuménique des Eglises (COE) a rapporté l’interpellation d’un représentant de l’Eglise protestante des Iles Tuvalu dans le Pacifique lors d’un récent bureau de l’organisation : « Où allons-nous aller ? ». Des négociations ont commencé avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie quant à l’accueil de ces « réfugiés climatiques ». Le GIEC avance la nécessité pour les pays du nord de baisser leurs émissions de gaz de 80 à 95% d’ici 2050 pour rester en dessous des 2°.

-   Les Eglises sont très présentes dans les négociations internationales. Les conférences se succèdent pour arriver à un accord international après la conférence de Kyoto et celle de Bali en 2007. Celle de Copenhague fin 2009 doit aboutir à une nouvelle feuille de route internationale. Des conférences intermédiaires on lieu : en juin dernier à Bonn, en décembre prochain à Poznan. Le COE y est présent et participe au lobbying au côté des ONG. A signaler que la présence des Eglises - très majoritairement protestantes - est loin d’être négligeable lors de tels sommets : 91 délégués d’Eglises lors du sommet de Bali, à comparer aux 200 personnes représentant les ONG. Dans une optique d’interpellation des Eglises et des opinions avant la Conférence de Poznan, l’Eglise de Suède organise à Tüvala les 28 et 29 novembre un sommet interreligieux ambitieux.

-----) Le COE appelle les Eglises à rentrer en contact avec les réseaux associatifs nationaux sur le climat (le Réseau action climat en France).

-   Les Eglises font une pression importante sur l’Union européenne. Lors de la rencontre de Milan, les délégués des Eglises comme le représentant du COE se sont retrouvés sur l’importance de voir l’Union européenne prendre le « leadership » international dans les négociations pour favoriser un accord ambitieux. L’objectif de l’Union européenne d’ici 2015 est de « 20% » : de baisse des émissions de CO2, de part d’énergie renouvelable dans la consommation totale, d’augmentation de l’efficacité énergétique. Comme l’a souligné Gary Wilton, représentant de l’Eglise anglicane et de la KEK à Bruxelles, c’est un objectif modeste d’un point de vue scientifique mais ambitieux d’un point de vue de politiques « qui veulent être réélus lors des élections européennes du printemps » prochain. Il souligne l’importance que ce « paquet 20% » soit adopté avant les prochaines élections européennes car ensuite il y aura une nouvelle Commission européenne, un nouveau parlement et tout risque alors de prendre du retard.

Des représentants des Eglises européennes et de la KEK font un travail de relation importante avec la commission et les élus au parlement. Chaque année les présidents du parlement européen, de la commission, et de la présidence européenne rencontrent les représentants des trois monotheismes. Lors de la dernière rencontre de mai 2008, le climat était un des points importants. A partir de d’octobre 2008 s’ouvre une série de négociations sur ce sujet entre la commission européenne et la société civile, dont les Eglises.

---- ) Apport national possible : Les délégués de la rencontre de Milan ont repris dans l’appel final aux Eglises la proposition de Gary Wilton que les Eglises nationales interpellent « leurs » députés européens dans cette phase cruciale de négociations. De même, il a été évoqué la nécessité d’interpeller les candidats aux européennes sur ces questions (les dossiers de la FPF lors de la présidentielle sont assez complets sur le sujet et ont peu vieilli).

Crise climatique : l’action pratique des Eglises
-   Les Eglises sont aussi des producteurs de gaz carboniques. L’appel final de l’assemblée-générale de Flämslätt en Suède en 2006 soulignait la question de crédibilité des Eglises au niveau de leur gestion du quotidien et de leurs investissements et insistait sur le fait que c’est à ce niveau que se légitimait aussi leur discours public en faveur d’une nouvelle politique énergétique.

-   Les situations sont très disparates entre les Eglises. L’EKD (Allemagne), forte de plus de trente ans d’initiative en la matière, après avoir créé un très exigeant label « coq vert » (le coq qui orne les clochers), a développé avec l’aide d’une fondation privée un programme de « toits solaires » qui équipe désormais... un millier d’Eglises. L’Eglise d’Angleterre, comme celles de Suède, d’Ecosse ou de Finlande viennent de lancer des ambitieux programmes de réduction de leurs émissions de Co2 avec des objectifs souvent supérieurs à ceux de leurs pays. Dans ces cas, les financements publics et ceux de fondations privées complètent très largement ceux des Eglises. La plupart des autres pays n’ont pas ce niveau d’investissement, mais les initiatives sont nombreuses : une centaine de toits solaires en Roumanie ; la création de centres d’éducation à l’écologie en Italie, en République tchèque ou par l’Eglise réformée unie en Grande-Bretagne ; des documents produits par les uns et les autres (documents pédagogiques, de conseils pratiques aux Eglises, de liturgie ou de théologie) ; le développement de l’achat local pour la nourriture lors des grandes occasions de vie d’Eglise ; des réflexions sur l’utilisation du parc automobile avec des idées malines (rembourser sur la base de la dépense automobile un pasteur qui prend son vélo plutôt que son auto). Le développement de système de « compensation » (en fonction des kilomètres parcourus en voiture ou en avion pour venir à une réunion, une somme est payée à un projet réduisant les émissions de CO2 - basiquement une plantation d’arbres - qui « compense » la pollution initiale ; un projet dans la région de Sibiu a pu se développer grâce à la compensation mise en place au Rassemblement oecuménique européen de Sibiu) ; le relais du « Temps pour la création » dans la plupart des pays, etc.

Crise climatique : l’action pratique de nos Eglises en France
-   Le risque est de rester dans la lamentation paralysante : « nous avons un tel retard... ». Face à la question de nos bâtiments pour lesquels nous avons déjà du mal à assurer l’entretien minimum, si la question de leur gestion écologique s’ajoute, nous risquons de ne plus percevoir cette question que comme insoluble, trop lourde pour des épaules déjà bien chargées, de nous enfermer dans la mauvaise conscience, une mauvaise image de nous comme radins, incapable de la moindre action, d’assumer nos responsabilités, etc. Lors de l’assemblée générale, une fois passé quelques heures de découragement, je me suis demandé ce que je pouvais apprendre des personnes présentes : comment trouver une voie pour sortir de cette impasse ?

-   1ère piste : le redéploiement de l’Eglise réformée unie de Grande-Bretagne. Cette église connaît une forte baisse de ses effectifs depuis plusieurs décennies. Certaines de ses communautés ne dépassent pas la dizaine de personnes. Cette église possède de nombreux temples dont elle ne peut plus assurer l’entretien. Peter Southcombe, présent à l’assemblée générale, ancien chef d’entreprise, est chargée pour cette église du « redéploiement ». Il tache de construire avec les communautés locales de nouveaux projets qui font le lien entre action sociale, action environnementale, sens théologique et croissance de l’église. Ces projets sont très divers : de petites communautés locales qui démarrent une action ressemblant à nos ventes de vêtements d’occasion ou à nos « vestiaires », à la création de structure de recyclage, en passant par des centres d’éducation à l’environnement. J’ai retenu principalement cette idée de sa présentation : faire des enjeux environnementaux une occasion de consolidation et de développement de nos Eglises et non pas un nouveau poids.

- 2ème piste : la démarche pas à pas du programme « Eco-congrégations ». Ce programme a été lancé au Royaume-Unis conjointement par l’opération Noah (tendance anglicane) et A Rocha (anglicane low church/évangélique). Il s’agit d’un programme « pas à pas » qui permet aux Eglises de rentrer par de petits projets - matérialisé par des « modules » expliqués dans de petits livrets - dans une démarche de respect de la création. Le premier livret est un audit qui peut être réalisé simplement sans apport extérieur par les membres de l’église sur la situation de l’église dans son rapport à l’environnement dans le domaine liturgique et théologique, dans le domaine pratique, et dans l’action « pour la communauté locale » (le quartier, le village etc.). Une fois l’audit réalisé, il s’agit de mettre en place et valider avec le conseil d’église un plan d’action très simple (« Nous avons un problème, nous avons la solution ») avec une action dans chacun des domaines (théologique, pratique, communautaire). Une fois ces actions réalisées, on peut passer à une nouvelle série de trois nouvelles actions etc. Au bout de deux ans, la communauté est invitée à refaire l’audit. Les premières actions peuvent être très simples : un culte pour la création, des jardinières de fleurs dans une cour goudronnée, l’accueil d’une réunion sur le climat avec une ONG locale... Petit à petit, la communauté peut rentrer dans des projets plus ambitieux. Les paroisses peuvent afficher leur fierté d’être des « éco-congrégations » (trouver une traduction française ?) sans attendre d’avoir parcouru le long chemin qui mène à l’obtention du très exigeant « coq vert » (qui de toute façon n’existe pas en version française : les italiens sont en train de l’adapter). Plus de 150 paroisses sont rentrées dans le processus en Angleterre et Pays de Galles, 180 en Ecosse. A Rocha pense à le développer en France.

-   Les échanges en petit groupes ont fait réaliser aux participants que les Eglises les plus avancées devaient aider les autres. Cela a débouché sur les propositions suivantes :

* La possibilité d’une collaboration avec Oeku, l’organisme spécialisé en environnement des Eglises suisses qui édite un matériel en français : livrets pour le temps pour la création ; traduction en cours (pour l’été 2009) de son classeur « actions pratiques matérielles » (des plus simples aux plus ambitieuses) ; traduction d’un livret pour l’énergie. Ce matériel a un coût très raisonnable (11 euros le dossier « Temps pour la création » complet, 3 euros le livret sur l’énergie, 12 à 15 euros le classeur « actions pratiques »). La diffusion de ce matériel (lors des synodes régionaux ?) peut être l’occasion d’identifier les personnes clés qui peuvent constituer un réseau.

* La mise à disposition gratuitement par Eco-congrégation de son matériel et l’autorisation de le traduire.

* la volonté du groupe Eco-management de l’ECEN de soutenir auprès de fondations en Allemagne le financement de projet de collaboration entre Eglises « en avance » et Eglise « en demande ». Ainsi, pourrait être soutenu un projet en France consistant en la traduction, l’adaptation et le lancement du programme Eco-congregation (frais de traduction, salaire pendant 6 mois de quelqu’un travaillant 2 jours par semaine).

Questions complémentaires :

-   Quel rôle peuvent jouer les commissions immobilières dans cette démarche ? En Italie, elles sont moteur sur ces questions et s’y sont d’autant plus investies récemment que la réduction des coûts d’énergie a été rendue nécessaire par l’augmentation des prix.

-   Un poste du type « projet Mosaïc » est-il envisageable ?

-   Malgré la quasi-sacrée séparation de l’Etat et des Eglises, pouvons-nous profiter de l’affichage par le gouvernement et les collectivités locales d’une volonté politique de lutte contre l’effet de serre qui passe par un financement de l’efficacité et la rénovation énergétique des bâtiments ? Pouvons-nous imaginer un partenariat « spécial Eglises » avec l’ADEME (agence de l’écologie et de la maîtrise de l’énergie) ? Le dynamisme des Eglises anglaises, suédoises, finlandaises ou allemandes tient aussi à l’importance des financements publics.

-   Pouvons-nous imaginer une collaboration avec A Rocha France, à l’initiative d’Eco-congrégation au Royaume-Uni ? L’arrivée d’un nouveau directeur, l’embauche par l’association d’une personne en charge d’accompagner les projets locaux, sa volonté de relayer Eco-congrégations ne sont-elles des opportunités à saisir ?

-   Compte tenu du dynamisme des Eglises luthériennes - notamment en Alsace - sur la question, une collaboration avec elles ne permettrait-elle pas en outre de solliciter des fonds suédois ?

J’étais parti avec le sentiment de ne pas savoir « par quel bout prendre » la question de l’investissement de l’ERF sur cette question. J’ai l’impression que des pistes modestes mais durables s’ouvrent à nous. J’ai bon espoir que la question environnementale soit un complément énergétique pour la consolidation et la dynamique des paroisses locales, une occasion de travail en réseau entre paroisses, et non plus un nouveau sujet de soucis. Je serai heureux de pouvoir échanger sur cette question.

Autres éléments :
-   Un groupe bio-diversité a vu le jour lors de cette assemblée générale.
-   Le travail sur l’eau continue.
-   L’ensemble des délégués d’Eglises - comme les ONG - sont critiques à l’égard de l’usage des « bio-carburants » qui entrent sur les marchés en concurrence avec l’usage alimentaire des céréales et participent à la crise alimentaire actuelle.

Stéphane Lavignotte