Nous sommes en Galatie, une vingtaine d’années après la première Pentecôte chrétienne à Jérusalem. Les Eglises sont confrontées à une situation qui pose problème à l’apôtre Paul. En effet les croyants non-Juifs, païens grecs ou romains d’origine, risquent de céder aux pressions mais aussi à la violence des « avocats de la circoncision » judéo-chrétiens. Ils prônent en effet le passage obligé par la circoncision pour tous les convertis du paganisme.
Peu de temps après son départ de Galatie, Paul apprend que ces « faux frères » se sont introduits parmi les baptisés pour leur annoncer un autre Evangile que les chrétiens étaient prêts à entendre pour accomplir en quelque sorte une conversion à l’envers.
L’enjeu est une alternative, posée en des termes très clairs, entre le Christ et la Loi : entre « celui qui vous a appelé par la grâce » et « dans la liberté » et la Loi comme principe d’esclavage, et donc de renoncement à la grâce elle-même.
« Le Christ nous a libérés pour que nous soyons vraiment libres » qu’André Chouraqui traduit par : « Le Christ nous a libérés pour la liberté ».
Cela revient au même mais ces deux traductions m’apparaissent complémentaires. L’une met l’accent sur une liberté que le Christ donne à chacun pour se libérer, l’autre met l’accent sur une liberté que donne le Christ à chacun pour libérer.
Ce message adressé aux Galates nous parle encore après avoir traversé plus de 19 siècles. Cette liberté assurée à chacun c’est donc du solide ! Si on en parle encore c’est aussi grâce aux innombrables hommes et femmes qui nous ont précédés dans la foi en Jésus de Nazareth le Christ. Cette foi les a habités si fortement qu’ils ont pu transmettre à la postérité, malgré une histoire de l’Eglise souvent turbulente voire dramatique, ce que l’Evangile dit de la liberté. Cette liberté-là est totale. C’est pour que nous soyons vraiment libres. C’est une pleine liberté que nous procure notre foi en ce sens que rien ne peut nous empêcher d’être réceptifs à la Parole de Dieu, d’ouvrir les yeux sur la réalité et de discerner dans la Loi que Dieu a donnée à Moïse et que récapitulent les Dix commandements, ce qu’elle a de juste et d’équitable pour tous les hommes.
Mais si Christ a libéré chacun afin qu’il soit vraiment libre, il nous a libérés pour la liberté de tous. Hannah Arendt, s’inspirant de Saint-Augustin dans La Cité de Dieu, affirme que : « l’homme est libre parce qu’il est un commencement et a été créé ainsi après que l’univers était déjà venu à être. C’est parce qu’il est un commencement que l’homme peut commencer ; être un homme et être libre sont une seule et même chose. Dieu a créé l’homme, dans le but d’introduire dans le monde la faculté de commencer : la liberté ».
L’apôtre Paul, lorsqu’il parle de liberté de l’homme pense à l’être, créé par Dieu de toute manière, avant qu’il Le reconnaisse comme Créateur, son Créateur, Dieu unique. Il est donc bien, pour l’auteur de l’épître aux Galates, un commencement sur lequel Dieu compte pour rendre libre sa Création dans une liberté avec Lui.
Hannah Arendt, dans le même ouvrage, La crise de la culture, écrit que dans le Nouveau Testament on trouve une interprétation extraordinaire de la liberté et particulièrement du pouvoir inhérent à la liberté humaine ; mais, souligne-t-elle, la capacité humaine à déplacer les montagnes, selon les mots de l’Evangile, n’est pas une affaire de volonté mais repose sur la foi de chacun.
Le Christ nous a donc libérés pour qu’à notre tour, en son nom, nous libérions l’humanité de tous les mensonges, fraudes, injustices, discriminations, exclusions, écarts énormes de richesses qu’elle génère. Pour libérer de tous ses travers le monde dont Dieu nous rappelle qu’il est Sa Création, précise la philosophe, pour mouvoir de telles montagnes de problèmes, dénis aux droits élémentaires des hommes à vivre heureux, il faut être capable, par la foi, de croire les miracles possibles.
Jean-Daniel Dollfus