Église Réformée de France

1er au 15 mars : "Crise politique à Madagascar et menace pour la France", par C. Bonnet.

 

La crise politique à Madagascar place l’Eglise réformée FJKM de ce pays dans une position très délicate. En effet lorsque l’homme d’affaires Marc Ravalomanana s’est proclamé président de la république malgache en 2002 au terme d’un processus électoral assez confus, les responsables de la FJKM, n’ont pas exigé sa démission du mandat de vice-président du Conseil synodal de l’Eglise. L’Eglise réformée de France, particulièrement attachée à la laïcité en raison des persécutions religieuses que les protestants ont connues jusqu’en 1787, avait à cette époque fait part de ses craintes à son Eglise sœur de Madagascar.

Aujourd’hui, le pouvoir de Marc Ravalomanana est contesté par le fougueux maire de Tananarive, Andry Rajoelina qui instrumentalise le mécontentement populaire sur les conditions de vie toujours aussi difficile à Madagascar. Le président de la République de son coté utilise le réseau de l’Eglise FJKM en pensant pouvoir s’appuyer sur ses plus de quatre millions de membres.

Cette trop grande proximité du pouvoir politique avec l’institution religieuse est dangereuse à plus d’un titre. Elle est dangereuse pour l’Eglise car la FJKM perdra toute crédibilité auprès de la population en cas d’alternance politique. Elle est dangereuse pour le peuple malgache dans la mesure où l’opposant principal ne cache pas son appartenance à l’Eglise catholique : quel sera le sort des malgaches animistes ou musulmans si le débat politique se radicalise ainsi autour des questions religieuses ? Elle est enfin dangereuse pour les politiciens eux-mêmes et rappelle un épisode biblique relaté en 1 Samuel 13.7-14. Le prophète Samuel se fait attendre, alors le roi Saül se met en tête d’offrir lui-même le sacrifice à Dieu pour lui demander la victoire sur ses ennemis. En constatant cette confusion des genres, Samuel annonce à Saül que Dieu lui retire la royauté, et qu’il désignera un autre homme pour lui succéder. La radicalité de cette punition montre à quel point la Bible tient à une nette séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. L’accumulation des pouvoirs sur une seule personne est une dangereuse tentation.

En France, l’élimination systématique des lieux de contre-pouvoirs et la main-mise de l’Elysée sur la justice et sur l’audiovisuel traduit une dérive analogue qu’il convient de dénoncer avec force.

Christian Bonnet DEFAP - Service protestant de mission