Ce sont des mots de Vaclav Havel : « on s’aperçoit aisément que toutes les grandes menaces qui pèsent sur le monde actuel cachent au fond de leurs entrailles, une cause commune : l’imperceptible mutation d’ une parole humble à l’origine en une parole devenue orgueilleuse ».
Ce temps de crises peuvent soit nous faire retrouver le chemin d’une parole humble, soit nous fermer dans une parole orgueilleuse. Le présent qui vacille, l’avenir incertain, toutes les bases qui fondaient nos anciennes certitudes sont devenues fragiles ; et voici que nous avons besoin de souligner les frontières, d’affirmer nos identités, de fixer la loi, de rétablir la morale. Nos discours nous rendent sûrs, mais du coup ne laissent plus d’espace à l’autre.
Il me semble que la « parole humble » dont parle Vaclav Havel est justement une parole qui laisse l’espace de la liberté, l’espace de l’écoute, la place pour un choix, l’invitation à s’engager, comme une invitation à vivre.
Nos paroles peuvent ne laisser aucun choix, elles peuvent forger un monde clos. Sans doute que notre monde où circulent tant de messages, tant d’images, où l’on communique sans cesse, nous pousse à retrouver notre propre parole mais alors que ce puisse être une parole ouverte ! Nous sommes tous devant ce défi.
Paul Ricœur disait « Si vraiment les religions doivent survivre, il leur faudra renoncer à toute espèce de pouvoir autre que celui d’une parole désarmée et faire prévaloir la compassion sur la raideur doctrinale... »
Le temps de Pâques n’est pas celui d’une parole orgueilleuse, mais celui d’une parole humble, et cette humilité n’est pas faiblesse, démission, désespérance... au contraire ! Elle prend les mots de la vie, le message des visages de l’humanité, elle fait place au silence des plus fragiles.
Cette parole humble résonnera de la force de l’espérance, elle dira que pour Dieu chacun est précieux, elle fondera notre regard sur le monde pour nous y engager dans l’accompagnement de tous. Oui, nous voulons être témoins de l’Evangile, bonne nouvelle de l’amour de Dieu en Jésus-Christ.
Gérard SCRIPIEC.