Les nouvelles ne sont pas bonnes : crise, chômage, fonte des glaces, épidémie, guerre, dévastation des forêts tropicales, famine, pauvreté... Parmi les réactions dont l’être humain dispose, il y a la panique de l’action (l’Egypte faisant abattre tout son cheptel de porcs pour contrer la grippe faussement appelée « porcine »), l’indifférence moqueuse (« L’hiver dernier a bien démontré le réchauffement climatique, non ?! »), le cynisme (« Profitez aussi longtemps que c’est encore possible ! ») en passant par la colère qui fait place à l’abattement. Le plus souvent peut-être, c’est un sentiment d’abattement que l’on éprouve devant la complexité des problèmes, l’impression d’être si peu, de pouvoir si peu pour changer le cours des choses. Une résignation qui accueille ce qui arrive comme une sorte de destin. Une dépression qui n’est pas qu’économique et qui interroge : « A quoi bon ? »
A quoi bon, alors que l’avenir semble bouché ou du moins incertain ? Ce sentiment pénible est partagé au premier siècle par un groupe de personnes déboussolées par la perte -les pertes- qu’ils viennent de subir. Perte de repères, perte de guide, perte de sens, surtout. Mais pour ces gens, la crise semble passagère, quelques jours seulement, avant de retrouver Celui qu’ils avaient perdu, ce qu’ils avaient perdu. Alors la joie est au rendez-vous ! Vous me direz : « En quoi cela me concerne-t-il, ma crise n’est pas de quelques jours seulement ! » Mais c’est que pour eux aussi, le répit n’est que passager : le lendemain -ou le surlendemain- des retrouvailles, ils vont tout perdre à nouveau, et cette fois-ci, c’est pour de bon, c’est définitif ! Tout s’envole en un clin d’œil, ou plus exactement, Il s’envole, Il part, Lui, leur raison de vivre et d’espérer. Et pourtant, et c’est là le plus grand étonnement, ils éprouvent de la joie, une grande joie ! Leur réalité n’a pas changé, l’incertitude du lendemain est là comme avant, le pays est toujours occupé, et pourtant, la joie ne s’est pas envolée. Sont-ils des « illuminés » ? Ont-ils perdu pied dans la réalité ? A regarder de près, ils ont reçu quelque chose. Quelque chose qui permet de tenir, et même de s’engager, de rester debout : une bénédiction, c’est-à-dire une « bonne parole ». Une simple parole qui fait toute la différence. Ce qui est perdu reste perdu, et pourtant...
Ce qui m’arrive peut changer à cause de cette parole-là. Elle se distingue des mots qui circulent par le fait qu’elle dit ce qu’elle fait, et qu’elle fait ce qu’elle dit : du bien. Elle fait tenir debout, et reprendre confiance dans un contexte qui n’en inspire pas. Elle donne courage pour se battre. Elle fait du bien au-delà de celles et ceux à qui elle a été initialement adressée. Cette parole ne requiert pas une capacité particulière de la part de celle ou de celui qui la reçoit. Simplement, elle a besoin d’espace pour courir de l’un à l’autre, pour être entendue partout, comme invitation à vivre plutôt que d’abandonner, à s’accrocher plutôt que se résigner, à continuer de chercher au lieu d’accepter des réponses toutes faites.
Katharina Schächl