Identité nationale, place du religieux dans la société, avenir de la planète, accueil de l’étranger, culte de la performance, quête du zéro défaut, enseignement de l’histoire... On pourrait multiplier la liste des sujets qui se télescopent dans un emballement médiatique croissant, à travers émotions collectives, manipulation des peurs et intérêts à court terme. Comme si notre temps était dans une urgence perpétuelle, une fuite en avant toujours plus rapide. Pourtant, au bout du compte, c’est de notre vie dont il est question, de notre capacité à être solidaires, responsables, à vivre ensemble, à être heureux, à pouvoir réfléchir. A être humains. Questions fondamentales, qui touchent tant à notre intelligence qu’à notre cœur.
Dans l’Evangile lu à Noël, j’aime le verset qui nous dit que, dans la nuit de la naissance de son premier enfant, pleine d’émotion, « Marie retenait toutes ces choses et y réfléchissait » (Luc 2, 19). La jeune mère vit quelque chose d’inouï, la naissance d’un fils accouché d’une espérance millénaire et venu au monde pour ouvrir un temps de grâce. Elle est comme nous, Marie, sa vie n’est ni plus dure ni plus belle. Toute à son bonheur, elle se prépare à vivre des épreuves difficiles : elle sera repoussée par son fils, elle le verra supplicié, elle le recueillera mort. Elle sera aussi témoin des signes qu’il accomplira, elle se tiendra parmi les premiers des disciples rassemblés après sa résurrection. Comme nous, elle vivra pleine de doute et de foi, de questions et d’amour. Tout cela, elle ne le sait pas encore, car elle est dans la plénitude de cette première nuit où les anges du ciel rejoignent les bergers enracinés dans la glèbe. Ce qu’elle vit, elle le relit en elle-même, elle y réfléchit, elle tente d’en saisir le sens. Elle prend le temps, dans la confiance, de s’extraire de l’agitation, de s’émouvoir, de s’inscrire dans la durée, de méditer.
C’est cela qui nous manque aujourd’hui. Cette disposition à poser sereinement les vrais enjeux du vivre ensemble et de la transmission d’un monde juste et libre, à nous inscrire dans une mémoire et une espérance, à nous tenir prêts à partager des gestes de justice et de grâce, de partage et de confiance. Et si ce temps de Noël nous aidait à prier pour que nous ayons cette sagesse du cœur et de l’intelligence ? Alors Noël serait joyeux, assurément !
Christian Baccuet