Église Réformée de France

du 1 au 15 janvier : Au fait, où est notre identité ?

 

En ce début d’année, des débats sur l’identité nationale sont organisés à l’initiative des préfets et sur la demande du gouvernement français. Cette proposition n’a pas manqué de susciter de nombreuses réactions dans les synodes régionaux de l’Eglise Réformée de France (documents consultables sur le présent site).
En Cévennes Languedoc Roussillon, le synode régional a exprimé une double inquiétude, premièrement quant au calendrier trop précipité, deuxièmement quant aux termes du débat qui focalisent la réflexion sur les étrangers, laissant ainsi entendre que ceux-ci représenteraient davantage une menace pour notre identité qu’un enrichissement.
Le synode régional n’a pas pour autant donné la consigne à ses membres de boycotter ces débats, ce qui n’aurait pas été dans nos usages qui cherchent plutôt à valoriser la responsabilité personnelle. Il a donc appelé chacun à garder vigilance, à rester à l’écoute et à prendre position en toute conscience.

Sur notre rapport à l’étranger et aux étrangers, notre Eglise a déjà longuement réfléchi et débattu en Synode. Pour connaître le contenu de ses conclusions, il suffit de se reporter aux actes du Synode national de Rezé les Nantes en 1998 (document en ligne sur le présent site) Pour ma part, je retiens plusieurs convictions fortes :
Parce que Dieu nous accueille chacun et chacune tels que nous sommes, nous pouvons devant lui et sans honte reconnaître nos peurs. La bible elle-même nous offre un miroir de ces tensions qui traversent notre humanité et nous poussent tantôt vers l’accueil de l’autre tantôt vers son exclusion.
Mais dans le même temps, nous sommes appelés à œuvrer patiemment contre la xénophobie et contre toute forme d’exclusion, « à la lumière de Celui qui est le Tout autre, l’étranger par excellence qui nous appelle du dehors ».
Dans un grand nombre de textes bibliques, l’étranger est celui qui nous apporte du neuf. Il est l’autre qui ouvre notre horizon sur d’autres possibles.
Ainsi Abraham (en Genèse 18) accueille trois étrangers qui deviennent pour lui des envoyés de Dieu, porteurs d’une promesse de vie. Jésus lui-même se manifeste bien souvent comme un étranger par ses paroles ou ses gestes étranges qui tout à la fois déroutent et libèrent.

Alors au fait, qu’est ce qui fait notre identité individuelle et collective ? Est-ce de se reconnaître dans une appartenance à une même histoire ?
Est-ce d’avoir la même langue et la même culture ? Est-ce d’être identiques les uns aux autres ? Peut-être, mais cela ne suffit pas !
L’identité ne se réduit pas à de l’identique (même si les deux mots sont de la même famille). Plus fondamentalement, en méditant la bible, je découvre que notre identité d’homme et de femme naît d’abord de l’expérience de l’altérité, c’est-à-dire de la rencontre avec les autres.
Dans le même sens, Claude BATY président de la Fédération Protestante de France a rappelé très justement que « l’identité nationale est essentiellement un processus vivant qui fonctionne par sédimentation. Elle évolue nécessairement, notamment grâce à ceux qui a un moment ou à un autre, pouvaient paraître étrangers à cette identité. »

La foi en Jésus-Christ m’amène à croire que ma véritable identité, je ne la construis pas moi-même car je la reçois d’un Autre. Elle m’est donnée par Dieu, lui qui dit à chacun, c’est-à-dire à vous comme à moi : « Ne crains pas, je t’ai appelé par ton nom ! » 
Que cette promesse reste notre assurance tout au long de cette année 2010 !

Christian Bouzy