Le synode national qui vient de se tenir à La Force a été paradoxal. Donc fécond !
Comme tout synode, il a rempli son rôle de « gouvernement de l’Eglise » : il a pris les décisions d’organisation nécessaires à la bonne marche de l’Eglise, il a examiné la gestion du conseil national, il a approuvé des comptes et voté des budgets, il a élu des conseils et des équipes, etc. Il a en somme joué, et bien joué, son rôle de direction institutionnelle.
Mais, en même temps, il s’est situé résolument en dehors de ce cadre institutionnel, et cela d’une triple manière. D’abord, il était accueilli par la Fondation John Bost, un lieu de soin et de vie pour personnes malades et handicapées mentales, cadre inhabituel pour une assemblée synodale. Ensuite, il a axé sa réflexion centrale sur la diaconie, c’est-à-dire la solidarité au nom de Jésus-Christ avec les petits et les fragiles, si brutalement rejetés au bord de la route par la logique de performance et l’idolâtrie des chiffres. Enfin, il s’est rappelé combien « l’engagement auprès de ceux qui sont blessés par la vie est l’occasion d’une rencontre privilégiée avec le prochain, avec soi-même et avec Dieu », affirmant par là que le détour par l’autre est la voie la plus courte qui nous relie à Dieu.
Le synode a ainsi expérimenté à sa manière ce qui est le paradoxe constitutif de l’Eglise : elle est appelée hors d’elle-même -c’est d’ailleurs la signification du mot église. Elle n’est jamais tant à sa place que lorsqu’elle est sur son propre seuil, jamais tant au cœur de sa raison d’être que lorsqu’elle sert Dieu et les hommes. Et c’est précisément au moment où elle se trouve ainsi dépréoccupée d’elle-même, qu’elle réalise sa vocation.
Ce paradoxe s’est traduit de bien des manières, au cours de la session synodale. La plus bouleversante fut probablement, lors du culte final, lorsqu’au chant de l’assemblée se mêlaient les cris inarticulés de certains résidents de la Fondation John Bost.
C’était comme une parabole de la vie d’Eglise à laquelle nous sommes appelés. Car dans ces éclats rauques enveloppés de voix mélodieuses, la gloire de Dieu était chantée avec une harmonie sans égale.
Laurent Schlumberger